[ chroniques d'un quotidien mi-figue mi-raisin ]

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  • mandale douce

Crash texte #3 Swimming Coule

Voilà 5 mois que je vais régulièrement à la piscine. Et à chaque fois que j’en reviens, je me dis, joder, faut que j’écrive quelque chose là-dessus. Et bien voilà, ce jour est arrivé. Pourquoi celui-ci? Je ne saurais le dire, peut-être que le sujet a juste suffisamment macéré dans le pédiluve.

Illustrations: Pavé

Tu l’auras j’imagine perçu à travers les quelques billets déjà déposés sur cette plateforme, j’aime co ben observer pis analyser les comportements humains. Les miens, d’abord (évidemment), mais aussi ceux de tous mes congénères mammifères. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi je restreins ce hobby à la team de ceux qui ont un nombril, probablement parce que c’est la caste qui se le regarde le plus… Soit.


Pour s’adonner à cette pratique, la piscine, y’a pas mieux.

Vulnérables, parfois même un peu minables, tout moulés dans nos maillots, la face honnête tirée par un bonnet en caoutchouc, on brasse, on crawl, on flotte, comme si c’était pas le foutoir dehors.

J’en vois qui causent normal du fait divers du jour au bord du bassin, alors que tout ce qu’ils prendraient le soin de cacher habituellement est révélé de la plus abrupte des façons à la surface de la grande profondeur. Complètement dingo.


En société, si un jour tu me poses la question, je te dirais, non sans revêtir une moue sereine, que cette pratique hebdomadaire "me fait un bien fou", ou encore, est "le seul moment où j’arrive à mettre mes méninges au repos". Il y a quelques semaines d'ici, c'était même pas des bobards. Pis le naturel est revenu en nage libre, émoustillé par les observations exponentielles de mes congénères aqueux, jusqu’à me faire perdre totalement le compte de mes longueurs.


Je t'explique.


Je n’ai pas de routine quant au jour choisi pour sortir mon complet Speedo-planche-palmes. Je change à chaque fois, avec l’espoir un peu naïf qu’il n'y aura pas trop de monde. Parce que bon, tant qu’à être vulnérable aux yeux et au su de tous, si ça pouvait inclure moins de 20 personnes, ce serait quand même chouette.


Aujourd’hui (enfin pas vraiment aujourd'hui, mais c'est pour te donner l'impression que mes billets sont de l'actu chaude, alors qu'en réalité je bosse dessus depuis 10 jours environ... ça t'intéresse de connaître les coulisses du grog j'espère? T'as pas le choix en vrai... Si je veux je ferme pas cette parenthèse et cet article sera juste un ramassis de pensées indigestes. Je vais pas le faire t'inquiète je tiens quand même un peu à toi tu sais), je me mets en route, pensant "Qui irait à la piscine un jeudi soir? Les gens ont certainement, contrairement à moi, autre chose à foutre". Faux. Le jeudi, y’a double cours d’Aquagym sur fond de Reggaeton issu de la playlist Summer 2004 de Radio Contact plein le pavillon. J'avais oublié.


Comme à chaque fois, je peine à mettre ce fuck**Biiiiiiip** bracelet avec la petite clé du casier. Et à chaque fois, je grommelle dans mon duvet de barbe en me demandant si un inventeur pourrait pas déposer un brevet pour une option plus pratique. Ayant quand même une solide foi en l’humanité (encore faux), je laisse le bracelet dans mes palmes, je suis là pour me détendre après tout.

Le cours d’Aquagym à commencé et on se croirait déjà dans le bassin à remous de chez Océade. Faudrait envoyer des océanographes ici, y a des gens cap’ de recréer le mécanisme du Gulf Stream au cœur du Condroz.

Parce que je suis également dotée d'une grande confiance en moi (toujours faux), je prends le couloir nage moyenne. Je commence par la brasse, et déjà je sens que ça va être l’enfer. La ligne est saturée, j’ai l’impression d’être dans une pêche aux canards géante, on se suit comme des pauvrets, tous accrochés à l’idée que ce temps que l'on a pris la peine de se réserver à soi, va falloir qu’il soit de qualité, coûte que coûte.


Je me retrouve bloquée derrière une nageuse particulièrement lente, dotée d’un gros tatouage en forme de croix perlée sur le haut de la nuque. Elle ne semble pas s’en rendre compte, mais elle exaspère tout le monde. Un sacré engrenage se met en route, quiconque se retrouve à sa suite tente de la dépasser ou de rebrousser chemin au milieu du couloir. Et là, c’est le gros bordel dans le sens de circulation officieusement admis.


La meuf étant tout à fait confiante en sa capacité à occuper le couloir des Moyens (tu la sens ma condescendance?), elle s’octroie des pauses, redémarre quand ceux qui l’avaient dépassée sont à nouveau proches, ce qui refout le bordel.


Je vois des gens devant moi lorgner timidement le couloir Nage Rapide, occupé par 4 types du genre pyramides renversées qui enchaînent les longueurs à une vitesse ahurissante. "Oserais-je franchir la guirlande de flottants en plastique qui me sépare de l’échelon supérieur?" se disent-ils. Je lis dans leurs yeux que, tout comme moi, ils ont compris qu’ils vont subir la nuque estampillée du dit Divin hasta el final. Nous sommes résignés ensemble à accepter cette épreuve. Amen.


Je lance quelques œillades désespérées au maître-nageur perché sur sa chaise haute. Je prends mon air le plus exaspéré possible, ce qui, me concernant, est loin d’être un effort insurmontable (pas comme le cumulet sous l’eau). Cinq mois que je me demande c’est quoi sa liste de redevabilités affectées à sa fonction, et je crois avoir compris. Le mec, sur son intitulé de poste, y’a juste écrit : intervenir en cas de noyade. C’est TOUT. TERMINÉ BONSOIR.


En attendant, il se dit pas qu’il pourrait se créer des opportunités de polyvalence, s’affairer à réguler le trafic, créer un couloir Moyen-Sup ou inviter les gens qui berdellent là où t’es sensé faire ton demi-tour à aller se faire mousser ailleurs. Au bain à bulles, par exemple.


Je digresse mais je te fiche mon abonnement 10 séances que ce manque d’incarnation de l’autorité tient à l’uniforme. En slash et short rouge, tu la fermes, tu attends que ça passe.

Je termine tant bien que mal mes 20 premières longueurs, je suis supposée enchaîner avec la seconde partie de ce que j'intitule, pas peu fière, mon entraînement.

Un entraînement à base de conseils Doctissimo réduits à peau de chagrin suite aux constats suivants:


1) Je sais pas faire le crawl

2) Nager sur le dos, à moins d'avoir sa piscine perso, c'est pas une bonne idée

3) Faire des exercices d'aquagym seule, c'est ridicule. Et en groupe aussi.


Je me munis donc de ma planche et de mes palmes pour entamer mes 20 longueurs (et plus si affinités) de crawl adapté. Je relève la tête, la nuque en croix semble ne plus être en activité. Je suis joie, même je sais que ça va pas solutionner la crise démographique de mon couloir. Haut les cœurs, je prends ça comme un bon exercice pour se préparer à la fin du monde. Toujours voir le positif en chaque situation, toujours.


J'atteins le point culminant du malaise lorsqu'un bon monsieur qui, de toute évidence, n'adhère pas à ma charte de savoir-vivre en milieu piscinal, se met à nager sur le dos. Et c'est pas encore le pire. Je le suis, accrochée à ma planche, et malgré mes lunettes embuées et son ventre bombé, je me rends compte que le gars me regarde droit dans les yeux. Pas juste quelques secondes, mais TOUT le LONG de sa pénible avancée. À savoir 25 mètres à une allure très discutable. J'essaie de détourner le regard vers les mamys aquagym mais à chaque fois que mes yeux reviennent droits, les siens sont toujours fixés sur moi. Une collision à revers aurait été un supplice bien plus soutenable.




Cette séance est un fiasco, je tirerais peut-être un peu de satisfaction lors de mes 15 minutes de sauna. Je me trouve une petite place, mon rythme cardiaque et mon mental s'apaisent. Une meuf dégaine alors un petit flacon d'huile essentielle de thym, qu'elle propose d'ajouter au chaudron à vapeur. Hum, du thym. Sur l'immense variété de senteurs dispos, il a fallu que ce soit celle qui me rappelle ma potée aux carottes de la veille.

Un peu écœurée, je sors, prends une douche, puis retraverse le pédiluve désormais bien garni de peluches de pieds. Non sens.

Arrivée à ma voiture, mon rétroviseur me renvoie une allure qu'aucun discours d'acceptation de soi ne peut résoudre. Je porte les stigmates habituels de mes baignades: épiderme chloré, teint rougeaud, frange en friche et yeux cerclés (pour deux jours environ).

Ouais...


La semaine prochaine je tente le mardi, pour voir.


À la revoyure.

Et à la vôtre!

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