[ chroniques d'un quotidien mi-figue mi-raisin ]

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  • mandale douce

Leçon #6 La Slow Gnôle

Mis à jour : 9 févr. 2019

Loin de moi l’idée que mes humbles chroniques aient été jusqu’à présent empreintes d’une quelconque forme de savoir éclairé. Je préfère te prévenir, ce qui m’affaire aujourd’hui l’est encore moins. Parce qu’à priori, ce dont j’ai envie de te parler n’aura pas turlupiné les grands penseurs, que ce soit avant, pendant, ou après le siècle des Lumières.

Illustration sur lit de collaach: Pavé

Tu l’auras peut-être compris, chui bien dans le mood pour un article à base de données scientifico-médiocres et d’analyses psycho-pourrites sur fond de concept frauduleux : la slow gnôle. Ou, plus rustiquement dit, "le rapport conscient à l’alcool".


J’avoue, par facilité, j’hésite à cet instant à contourner le problème et à te fourguer un classement qualitatif de mes achats de bibines en Night & Day, guidés plus globalement par le capital esthétique de l’étiquette que par le cépage. "Flamand rose sur la bouteille? Vignoble d’Alsace? 6,39€? Ok j’achète". Je note quand même cette idée d’article à la page 2 de mon carnet dédié à mes inspis groguiennes (et parfois à mes listes de courses) et m’attelle bon gré mal gré à la tâche.


Ça fait plusieurs mois déjà que je réfléchis à ma consommation de ces spiritueux qui piquent au vif ma capacité à être spirituelle, sans pour autant acheter ma place pour la tournée minérale. Oui, car mon rapport à l’autorité se tortille dans des recoins insoupçonnés et me rend de plus en plus revêche à certains concepts, même ceux qui impliquent une servitude positive. (va ptêtre lire ceci si ce n'est pas encore fait, tiens).


Après, pour être honnête, je ne suis pas vraiment un cas intéressant (ah ben merci de prévenir dis donc), car je bois trèèès modérément. Il ne m’arrive jamais par exemple de m’envoyer un coup de rouge pour accompagner mon gigot du mardi soir, ni de jouer à l’équilibriste sur ma panse rebondie avec 3 canettes de mousse vides. Je sens que je remonte dans ton estime, et c’est pas pour me déplaire.


Pour vrai, une semaine normale, je suis quasi exclusivement irriguée par de l’eau filtrée.


C’est un fait, l’alcool n’a jamais été central dans ma vie : pendant longtemps je n’aimais pas le goût et craignais la sensation de perte de contrôle.

Ce constat a légèrement changé alors que ma vingtaine était déjà bien entamée. Si je me tenais toujours à carreau sans effort du lundi au vendredi 17h30, le vendredi à 17h36, c’était une autre histoire. Je trépignais à l’idée d’une rasade de vin blanc, d’entendre le bruit fascinant de la première giclée dans le verre sur pied, de m’étourdir un peu, de rigoler un poil trop fort. Un petit encanaillement hebdomadaire, bien loin d’une consommation problématique, mais qui s’est tout de même installée dans le temps, jusqu’à ce que je dépasse les 30 ans.


Un peu comme quelqu’un qui pense à arrêter de fumer, j’essaye désormais de voir si je peux associer chaque verre que je bois à un rapport conscient. Correspond-t-il à un moment particulier, à une forme de pression (je parle pas du fût) ou à un réel plaisir?


Pour ce qui est du facteur plaisir, le goût de l’alcool n’est toujours pas un ravissement total pour mes papilles. Normal quand on a plus affaire au cubi du Lidl qu’au conseil d’un caviste averti me diras-tu…


Si parler de pression serait exagéré, étant réservée de nature, j’ai, il est vrai, trouvé dans mes petites doses d’alcool une façon de me désinhiber un peu et d’avoir plus de facilité à aller vers les autres. Si je peux me permettre, le fait est qu’après 30 ans, grosse dose de liberté, t’as plus BESOIN d’avoir l’air cool en crapotant maladroitement une Vogue dorée ou en évitant de faire la grimace à chaque lampée de vodka coca! La dignité prévaut désormais! C’est une bonne nouvelle ou pas ? Je ne suis plus sûre maintenant...


SOIT!


Week-end ou pas, dorénavant, je réfléchis avant d’opiner du chef à chaque proposition de m’en remettre un derrière la cravate.


Ma priorité #1 : privilégier la qualité à la quantité, préférer l’absorption du combustible lors de moments potentiellement réjouissants et uniques. Pas de critères prédéfinis sur les dits moments, c’est moi que je peux être la juge (du coup l’étendue de la sélection est assez large je ne te dis que ça).


Ma priorité #2 : être en mesure de savoir pourquoi j’accepte, ou pourquoi je refuse. De toute façon, à défaut de ne pas m’être posé la question le soir même, la barre transversale qui perforera ma boîte crânienne le lendemain se chargera de renforcer mon assiduité dans ma quête de la slow gnôle life.


Je parle bien de quête et non de lutte, car je ne vise pas l’opposition mais le consensus avec moi-même. Le but n’est pas d’être trop dure avec moi, ni de me formuler des interdictions intenables, juste d’être plus à l’écoute de ce dont j’ai envie, sans trop tenir compte des éléments extérieurs.


Allez, je m’en vâme tenter de voir le verre à moitié plein, pas besoin de me resservir, je titube déjà rien que d’y penser!


À la revoyure,

Et… à la vôtre?

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