[ chroniques d'un quotidien mi-figue mi-raisin ]

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  • mandale douce

CDD #2 "Nan mais chui en transition"

Voici ce que je me suis surprise à répondre à la question tant redoutée de ce que je fais dans la vie, lors d'une réunion de famille. J'ai pas pu m'empêcher de me sentir un peu piteuse, de me justifier, d'expliquer, tout en ayant l'impression qu'aucun plaidoyer ne pourrait de toute façon m'épargner les quelques regards embarrassés sur mon cas.

Illustration: Pavé | Support fourni gracieusement par la CSC

Je trouve ça nul d'avoir été un jour soulagée de pouvoir répondre que j'étais en CDI à un poste à responsabilités, de me sentir valorisée pour ça. Et je trouve tout aussi nul d'être maintenant mal à l'aise de ne pas pouvoir satisfaire mon interlocuteur d'une réponse en 3 mots et 4 syllabes (oui parce qu'à partir de 5 syllabes, ta situation sort d'office des standards acceptables lors d'une conversation superficielle).


Je crois qu'en fait, ce que je trouve le plus gênant, c'est que les questions de ce type soient immédiatement et exclusivement associées au milieu du travail. C'est pas un peu triste? Que notre existence et notre rang social se résument à un 38h et à un titre boosteur d'égo?


Je me pose moultes questions sur la valeur associée au statut de travailleur et au milieu du travail en général.


J'y réfléchis un peu tout le temps depuis plusieurs mois, mais c'est une image vécue qui a scellé mon envie d'en parler. Une épiphanie survenue... à la piscine.


Ouiii je sais ça fait beaucoup de chlore en peu de temps (en tout cas si tu as lu ceci), mais tu comprendras que j'ai pas l'horizon infini, et que mes petites aventures sont limitées (en plus on est le 8 du mois).


T'inquiète ça va pas être long.


Toujours en quête d’une baignade sereine, j'étais arrivée en avance à l'ouverture, nous étions une petite dizaine dans le même cas. Le maître-nageur avait du coup pas eu "le temps" (oui, les guillemets font office de jugement) de mettre les guirlandes qui séparent les couloirs (et établissent ton grade au sein du bassin).


Nous avons quand même commencé à nager et là… LA VACHE, nan mais ce FOUTOIR frère! Sans ces repères, tout le monde gênait tout le monde, les regards étaient affolés, les pieds de certains s’embusquaient dans les côtes du voisin, d’autres faisaient leur demi-tour à cheval sur trois couloirs...


[DIGRESSION]

La piscine et tout ce que ça révèle de nos comportements humains, jte jure, c’est mieux que le mystère de l’Atlantide. Au point que ça pourrait devenir la clé de voûte de toutes mes chroniques. Si je veux être un tantinet cohérente, faudra ptêtre que je rebaptise le grog Chlorale Mousse. À creuser (petit calepin mental on).


Tu la vois, la transposition à la vie réelle des non jobistes? Nan? J’avoue c’est pas évident..


Ce que je veux dire c’est que, ça m’a fait réaliser que sans balises, l’être humain panique, il ne sait plus comment organiser son action. Dès que tu t’écartes de ce qui est supposé être le droit chemin, ça devient un peu inconfortable, non seulement pour toi mais aussi pour ceux qui t’entourent. Et encore une fois, c’est dommage, de ne pas accepter des itinéraires un peu plus créatifs ou hésitants, de ne pas considérer que cela a aussi de la valeur.


La prochaine fois qu’on me pose la question, je dirai que je suis au CHOIMAGE (ouais on est là pour choquer le bourgeois nous).


Ça change pas grand-chose, mais ça me fera une petite paire de brassards sympas pour me donner un peu de contenance d’ici à ce que les mentalités évoluent, et la mienne avec.


Parce que sans flottants en plastiques, la traversée est plus chaotique, mais au moins, on est tous égaux en droits pour vrai.


Je te laisse méditer là-dessus.


À la revoyure.

Et à la vôtre!

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