[ chroniques d'un quotidien mi-figue mi-raisin ]

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  • mandale douce

Cordes sensibles

Je me considère comme une corde vocale sensible.

J’en parle au singulier, car c’est l’effet que j’en ai. Il doit m’en manquer un bout, c’est la seule explication possible.


Ma voix, c’est un peu mon talon d’Achille, mais dans la gorge.


Hier, je suis sortie. Je suis allée à la pharmacie. En commençant à parler, je me suis aperçue que que ma voix ressemblait au bruit d’un filet d’eau. Il était 17h passé et c’était pour ainsi dire les premiers sons que je laissais échapper de mon corps. Je n’ai pas osé tousser pour l’éclaircir, parce que ça fout les jetons aux gens, en ce moment, les gens qui toussent.


Je déteste le fait que ma voix me confère l’identité de "douce", de "calme", de "discrète".


Ma voix ne parle pas pour moi.


Ma voix est un courant d’air. Un courant d’air dans une colonne d’air, perforée, criblée de bulles.


J’aimerais savoir ce que ça fait de parler avec son ventre, avec ses organes.


Parfois j’aimerais crier, parler fort, comme le faisaient mes ancêtres.


J’ai la même intonation de voix que mon père.


J’ai presque jamais fumé.


C’est con.


Texte écrit lors d'un atelier, 2020.

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