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[ chroniques d'un quotidien mi-figue mi-raisin ]

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  • mandale douce

ASMR! À tes souhaits

Mis à jour : 7 oct 2018

J’voulais vous parler d’une découverte ouèb devenue quelque peu addictive ces derniers mois. Depuis, je parviens pas à décider si la dite découverte est juste loufoque ou carrément indispensable à ma vie.


[début mise en situation]

Un jour de semaine quelconque. 20:05. Une jeune femme d’une taille discutable (malnutrition? ancêtres méditerranéens?) s’affaire en cuisine. Elle s’est promis la veille de faire sa vaisselle au jour le jour et c’est donc avec cœur qu’elle frotte sur son savon de marseille sa petite loque lavable, tout en se questionnant sur la possibilité de se doter d’un appareillage adapté pour la soulager de cet enfer. Pour se distraire un peu, elle a placé son modeste ordinateur sur une table pas loin. Elle lance YouTube.

Lettrage et illustration: Pavé

Telle une ouaille apprivoisée, elle ne met pas en doute la sélection du jour qui lui est proposée, jusqu’à ce que la lecture automatique prenne le relai. Une vidéo commence et suscite son étonnement. La personne semble parler tout bas. Elle entrecoupe son murmure de tapotements d’ongles sur tout ce qui lui passe par la main. La vaisselle terminée, d’autres vidéos du même type continuent d’occuper l’écran. La (très) jeune femme se rapproche, essaie de comprendre ce à quoi elle assiste. Elle vient sans le savoir de tomber dans une addiction étrange qui lui faudra du temps à assumer : l’ASMR.

[fin mise en situation]


En français il paraît que ça se traduit par "réponse autonome sensorielle méridienne". S’il fallait désacraliser cette description (le faut-il vraiment?), je dirais que c’est comme si tu te faisais masser les oreilles de l’intérieur par une personne que tu connais pas. Bruits de bouche, manipulations d’objets, chuchotements,... autant de "déclencheurs" exécutés par des vidéastes bien altruistes qui n’ont pour seul but de te relaxer, voire de t’aider à t’endormir. J’aime autant vous dire qu’après une journée de dur labeur à avoir eu envie de mettre de la mort-au-rat dans le café à José ou à rattraper les bourdes de Magdalène (noms d’emprunt), ça peut s’avérer bien utile.


En commençant à regarder et à écouter plus de vidéos de ce genre, toute mon enfance m’est remontée aux oreilles. Ces moments où j’ai eu envie de piquer un roupillon à cause de quelqu’un qui me chuchote un secret à la récré, d’un cliquetis de bic dans la salle d’attente, de la sensation du peigne passé dans mes cheveux par maman dans l’espoir de bouter les poux hors du cuir-chevelu (nan veux pas couper) ou encore d’un bruit d’une page qui se tourne (parfois par moi-même)… J’étais une cible trop parfaite. Une proie facile pour des algorithmes redoutables.


[début digression]

Je concède bien volontiers ma propension à être compulsive. Dès qu’une nouveauté survient dans ma vie et que j’y trouve une satisfaction certaine, je l’use jusqu’à en être dégoutée. Au point où je me demande si je ne suis pas responsable de l’arrêt de production des Lila Pause (pas de marques), que j’ai consommés à outrance avant de découvrir les Snax (pas de marques on a dit oh). J’étais tellement à fond qu’au moment où je me suis braquée sur un autre goûter, le chiffre d’affaire global a dû baisser de 15%, la bourse de New York a paniqué, des mecs en costard chez Milka (irrécupérable) ont dit "on arrête tout!" et c’est là que ce con de Régis a proposé de tout miser sur les mélo-cakes.

[fin digression]


En addict dans l’âme qui se respecte donc, voilà 4 mois que l’ASMR partage presque tous mes glissements vers le sommeil. J’arrive plus à faire sans. J’aurais pourtant bien envie de ne pas avoir mon matos cérébral en contact quasi direct avec un téléphone intelligent sous wifi toute la nuit. Paraîtrait que ça nuirait à la santé et aux fonctions cognitives de base sur le long terme. Jme lève parfois le matin avec le mal de tête du coup je commence à avoir peur. Et puis j’aimerais recommencer à lire, à être maître de ma vie, maître de mes nuits. MERDE.

Illustration: Pavé

Si j’en crois mon expérience passée, j’ai toutefois bon espoir que, comme le reste, ça finisse par me passer, et que je reporterai gaiement mon attention et mon énergie sur un autre truc prochainement.


Et si c’était déjà en cours en fait? Et si c’était ces chroniques? Et si?


J’boufferais bien un Lila Pause. Là, tout de suite.

Et merde.

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